Clause de bad leaver dans un pacte d’associés : comment fixer les cas de départ et la décote ?
Camille Cimenta18 juillet 202619 min de lecture
La clause de bad leaver permet d’organiser les conséquences du départ d’un fondateur, d’un manager ou d’un associé opérationnel dans des conditions considérées comme fautives ou défavorables à la société.
Elle est souvent utilisée dans les pactes d’associés de startups, de sociétés en croissance ou de sociétés ayant fait entrer des managers au capital. Son objectif est simple : éviter qu’une personne qui quitte le projet trop tôt, viole ses engagements ou porte atteinte aux intérêts de la société conserve les mêmes avantages économiques qu’un associé resté investi.
Mais cette clause est aussi l’une des plus sensibles du pacte d’associés.
Mal rédigée, elle peut devenir une source de conflit : contestation de la qualification de bad leaver, désaccord sur le prix de rachat des titres, décote jugée excessive, cumul difficile avec un contrat de travail ou procédure de sortie insuffisamment encadrée.
L’enjeu n’est donc pas seulement de prévoir une décote. L’enjeu est de définir précisément les cas de départ, la méthode de valorisation, le niveau de réduction du prix et la procédure applicable à l’associé sortant.
Clause de bad leaver : à quoi sert-elle dans un pacte d’associés ?
Un pacte d’associés organise les relations entre associés au-delà des statuts de la société.
Il peut prévoir des règles de gouvernance, des droits d’information, des clauses de sortie, des engagements de confidentialité, des mécanismes de préemption, des clauses de non-concurrence ou encore des conditions de rachat forcé des titres.
La clause de bad leaver intervient dans une situation particulière : le départ d’un associé dans des circonstances considérées comme défavorables à la société ou aux autres associés.
Elle peut notamment s’appliquer lorsqu’un fondateur quitte la société avant une durée minimale de présence, lorsqu’un manager associé est révoqué pour faute grave, lorsqu’un associé viole le pacte, lorsqu’il concurrence la société ou lorsqu’il manque à ses engagements essentiels.
La conséquence est généralement financière.
L’associé sortant peut être contraint de céder ses titres, parfois avec une décote par rapport à leur valeur de marché.
Cette clause peut donc avoir un effet très important sur le patrimoine de l’associé concerné. C’est précisément pour cette raison qu’elle doit être rédigée avec précision.
Un mécanisme de bad leaver ne doit pas être une sanction vague laissée à l’appréciation discrétionnaire des autres associés. Il doit reposer sur des cas objectifs, une procédure claire et une méthode de prix compréhensible.
Pour replacer cette clause dans l’ensemble du document, vous pouvez consulter notre article consacré aux clauses du pacte d’associés.
Pourquoi distinguer good leaver, bad leaver et départ intermédiaire ?
La principale erreur consiste à opposer uniquement deux situations : le bon sortant et le mauvais sortant.
Dans la pratique, les départs sont souvent plus nuancés.
Un décès, une invalidité ou une révocation sans faute ne doivent pas être traités comme une violation du pacte ou un acte de concurrence. À l’inverse, une démission rapide d’un fondateur six mois après la création peut poser une difficulté même si elle n’est pas fautive.
Il est donc souvent préférable de distinguer trois catégories.
Le good leaver correspond aux départs légitimes ou non fautifs : décès, invalidité, départ accepté par les associés, révocation sans faute, licenciement sans faute grave ou départ après une période minimale de présence.
Le bad leaver vise les situations les plus graves : violation du pacte, faute grave, concurrence interdite, détournement de clientèle, fraude, manquement à la confidentialité, non-respect d’une clause de non-sollicitation ou atteinte grave aux intérêts de la société.
Entre les deux, il peut exister une catégorie intermédiaire.
Elle peut concerner le départ volontaire d’un associé avant une période minimale, une démission non fautive mais anticipée, un désaccord stratégique non imputable à une faute ou la cessation de fonctions dans des conditions qui ne justifient pas une sanction forte.
Cette distinction permet d’éviter une clause trop brutale.
Elle permet aussi d’adapter la décote au comportement réel de l’associé sortant.
Un départ neutre ne justifie pas nécessairement le même traitement qu’une faute caractérisée.
Quels cas peuvent justifier une qualification de bad leaver ?
Les cas de bad leaver doivent être définis de manière précise.
Une formulation générale du type “tout départ non autorisé sera considéré comme un bad leaver” est dangereuse. Elle peut conduire à des discussions interminables sur l’intention de l’associé, la gravité du comportement ou le caractère réellement fautif du départ.
Il est préférable de prévoir des cas identifiables.
Peuvent notamment être envisagés : la violation grave du pacte d’associés, la violation d’une clause de confidentialité, l’exercice d’une activité concurrente interdite, le détournement de clientèle ou d’opportunité d’affaires, la faute grave ou lourde dans l’exercice de fonctions opérationnelles, la fraude, l’abus de biens, la dissimulation d’informations essentielles, le non-respect d’un engagement de non-sollicitation ou encore une atteinte grave aux intérêts de la société.
Mais chaque cas doit être adapté à la société concernée.
Un pacte de fondateurs, un pacte d’investisseurs et un pacte de managers ne poursuivent pas le même objectif. Le bad leaver d’un fondateur technique n’est pas nécessairement celui d’un investisseur financier ou d’un manager salarié.
La rédaction doit donc partir du rôle réel de l’associé dans la société.
Si l’associé est indispensable au développement commercial, le pacte doit traiter la perte de clients, la concurrence et la non-sollicitation. S’il détient une compétence technique stratégique, il faudra plutôt encadrer la transmission du savoir-faire, la propriété intellectuelle et la continuité opérationnelle.
Décote bad leaver : comment fixer le prix de rachat des titres ?
La décote bad leaver est le point le plus sensible.
Elle consiste à racheter les titres de l’associé sortant à un prix inférieur à leur valeur de marché, en raison des circonstances de son départ.
La logique peut être légitime : un associé qui viole ses engagements ou quitte brutalement le projet ne doit pas nécessairement bénéficier des mêmes conditions qu’un associé resté engagé jusqu’au terme prévu.
Mais la décote doit être pensée avec prudence.
Le pacte doit d’abord définir la valeur de référence.
Cette valeur peut correspondre à la valeur de marché des titres, à la dernière valorisation retenue lors d’une levée de fonds, à une formule financière, à la valeur déterminée par un expert ou à une méthode prévue dans les statuts ou le pacte.
L’article 1843-4 du Code civil prévoit, dans certains cas de cession ou de rachat de droits sociaux, l’intervention d’un expert en cas de contestation de la valeur.
Il ne faut donc pas confondre deux sujets.
Le premier est la détermination de la valeur des titres.
Le second est l’application éventuelle d’une décote sur cette valeur.
Une clause claire peut, par exemple, prévoir que les titres sont valorisés selon une méthode déterminée, puis que cette valeur est réduite de 20 %, 30 % ou 50 % selon la catégorie de départ.
Plus la décote est forte, plus les cas de déclenchement doivent être précis.
Une décote modérée peut être plus facile à justifier qu’un rachat à la valeur nominale, surtout lorsque la société a pris de la valeur et que l’associé concerné conteste la faute reprochée.
Faut-il prévoir une décote automatique ?
La tentation est fréquente : prévoir qu’en cas de bad leaver, les titres seront automatiquement rachetés avec une décote déterminée.
Cette solution a l’avantage de la simplicité. Mais elle peut être dangereuse si elle ne tient pas compte de la gravité du comportement, du rôle de l’associé ou du moment du départ.
Un bad leaver très grave peut justifier une décote importante.
À l’inverse, un départ anticipé mais non fautif ne devrait pas toujours conduire à une réduction massive du prix.
Il est donc préférable de prévoir une gradation.
Un good leaver peut céder ses titres à leur valeur de marché.
Un départ intermédiaire peut donner lieu à une décote limitée ou à un prix ajusté selon la durée de présence.
Un bad leaver peut entraîner une décote plus forte.
Dans certains cas exceptionnels, le pacte peut prévoir un rachat au prix de souscription ou à la valeur nominale. Mais cette rédaction doit être réservée aux hypothèses les plus graves et les mieux documentées.
Des décisions publiées montrent que les clauses donnent régulièrement lieu à des litiges sur la qualification du départ, le prix de rachat et l’application de la décote. Par exemple, une décision de la cour d’appel de Paris publiée sur le site de la Cour de cassation évoque un mécanisme dans lequel le prix variait selon la qualification good leaver ou bad leaver, avec un débat sur la valeur retenue et le caractère du prix de cession : décision CA Paris, RG n°23/17390.
Cette jurisprudence rappelle l’intérêt d’une rédaction précise : la clause doit pouvoir fonctionner au moment du conflit, pas seulement paraître dissuasive au moment de la signature.
Prix de souscription, valeur nominale ou valeur de marché : que choisir ?
Le choix de la référence de prix dépend du rôle de la clause.
Le prix de marché est la référence la plus neutre. Il permet de valoriser les titres selon leur valeur réelle, sans sanction particulière.
Le prix de souscription peut être utilisé lorsque l’associé a acquis ses titres à un prix préférentiel en contrepartie de son implication dans le projet. S’il quitte trop tôt ou viole ses engagements, le pacte peut prévoir qu’il ne bénéficie pas de toute la création de valeur.
La valeur nominale est plus radicale.
Elle peut aboutir à un prix très inférieur à la valeur économique réelle des titres. Elle doit donc être maniée avec prudence, surtout si la société a fortement augmenté de valeur depuis l’entrée de l’associé.
Une clause prévoyant systématiquement un rachat à la valeur nominale en cas de départ peut créer un risque de contestation, notamment si les cas de bad leaver sont trop larges ou imprécis.
Dans une rédaction équilibrée, il est souvent préférable de prévoir plusieurs niveaux : un prix de marché en cas de good leaver, un prix de marché réduit en cas de départ intermédiaire, un prix décoté en cas de bad leaver et un prix très fortement réduit uniquement pour les fautes les plus graves et objectivables.
Cette méthode est plus solide qu’une clause unique qui traite tous les départs défavorables de la même manière.
Qui décide qu’un associé est bad leaver ?
La procédure de qualification est aussi importante que la définition des cas.
Le pacte doit indiquer qui constate le bad leaver, dans quels délais, selon quelle procédure et sur la base de quels éléments.
Une qualification décidée uniquement par les associés restants, sans notification, sans motivation et sans possibilité de réponse, peut alimenter le contentieux.
Il est préférable de prévoir une procédure minimale.
L’associé concerné doit recevoir une notification précisant les faits reprochés. Il doit pouvoir présenter ses observations dans un délai déterminé. La décision doit ensuite être prise par l’organe ou les associés désignés par le pacte, selon une majorité clairement définie.
Le pacte peut aussi prévoir l’intervention d’un tiers en cas de désaccord : médiateur, expert, comité, arbitre ou juge compétent selon les cas.
La procédure doit rester proportionnée.
Il ne s’agit pas de rendre la clause impossible à appliquer, mais d’éviter qu’elle puisse être perçue comme une décision arbitraire.
Plus la conséquence financière est lourde, plus la procédure doit être sécurisée.
Clause de bad leaver et manager salarié : attention au cumul des statuts
La clause devient particulièrement sensible lorsque l’associé est également salarié.
Dans ce cas, son départ peut être lié à la rupture du contrat de travail : démission, licenciement, prise d’acte, rupture conventionnelle ou révocation de ses fonctions opérationnelles.
La difficulté vient du cumul entre la qualité d’associé et la qualité de salarié.
Un mécanisme de bad leaver ne doit pas être rédigé comme une sanction pécuniaire déguisée liée au contrat de travail. L’article L. 1331-2 du Code du travail interdit les amendes et autres sanctions pécuniaires.
Cela ne signifie pas qu’une clause de bad leaver est nécessairement nulle lorsqu’elle concerne un manager salarié. Mais la rédaction doit être particulièrement prudente.
Il faut distinguer ce qui relève de la relation d’associé et ce qui relève de la relation de travail.
Une clause qui sanctionne automatiquement la rupture du contrat de travail par une perte patrimoniale importante peut être discutée. À l’inverse, une clause qui organise les conditions de sortie du capital en raison de la fin de fonctions opérationnelles, avec une justification économique et une rédaction proportionnée, peut être plus défendable.
Des décisions publiées montrent que cette articulation entre pacte d’associés, contrat de travail et mécanisme de bad leaver peut devenir contentieuse. Une décision de la cour d’appel de Paris publiée sur le site de la Cour de cassation évoque notamment une discussion autour d’une clause de bad leaver visant la cessation de fonctions salariées et la qualification de clause pénale : décision CA Paris, RG n°20/05597.
La prudence est donc essentielle lorsqu’un manager reçoit des titres, des actions gratuites, des BSPCE ou entre au capital en parallèle de ses fonctions.
Clause de bad leaver et fondateur : comment éviter la bombe à retardement ?
Chez les fondateurs, la clause de bad leaver répond à un problème très concret : que se passe-t-il si l’un d’eux quitte le projet trop tôt ?
Au moment de la création, les associés se concentrent souvent sur la répartition du capital.
Mais une répartition égalitaire peut devenir injuste si l’un des fondateurs cesse rapidement de contribuer au développement de la société.
Le pacte peut alors prévoir un mécanisme de vesting, c’est-à-dire une acquisition progressive de certains droits économiques ou une promesse de cession en cas de départ avant une période déterminée.
Cette logique est différente d’une sanction.
Elle vise à aligner la détention du capital avec la contribution effective au projet.
Le pacte doit donc distinguer le fondateur qui part sans faute mais trop tôt, le fondateur qui est empêché pour des raisons légitimes et le fondateur qui viole gravement ses engagements.
Dans une société à deux associés, ce point est encore plus important.
Le départ d’un fondateur peut créer un blocage, une perte de compétence, une rupture commerciale ou un déséquilibre de travail très important.
L’accompagnement dès la création de société permet d’anticiper ces situations dans les statuts, le pacte et les engagements complémentaires.
Clause de bad leaver et investisseur : protéger sans bloquer
Les investisseurs demandent souvent des clauses de leaver lorsqu’ils entrent au capital d’une société dirigée par des fondateurs opérationnels.
Leur objectif est compréhensible : ils investissent aussi dans une équipe.
Si un fondateur clé quitte la société peu après la levée de fonds, la valeur du projet peut être affectée.
La clause permet donc de protéger l’investissement.
Mais elle ne doit pas transformer les fondateurs en associés captifs.
Une clause trop sévère peut créer un déséquilibre, rendre les négociations plus difficiles ou décourager les dirigeants de poursuivre une opération de financement.
Le bon équilibre consiste à prévoir une durée raisonnable, des cas de départ clairement définis, une décote progressive et une procédure transparente.
Il peut être pertinent de prévoir que la décote diminue avec le temps.
Par exemple, un départ dans les douze premiers mois peut être traité plus strictement qu’un départ après quatre ans de présence effective.
Cette approche est souvent plus juste qu’une décote identique quelle que soit la durée d’implication du fondateur.
La clause de bad leaver peut-elle être contestée ?
Oui, une clause de bad leaver peut être contestée.
La contestation peut porter sur plusieurs points.
L’associé sortant peut contester la qualification de bad leaver. Il peut soutenir que les faits reprochés ne correspondent pas aux cas prévus par le pacte, que la procédure n’a pas été respectée ou que son départ relève plutôt d’un good leaver ou d’un départ intermédiaire.
Il peut également contester le prix de rachat.
La discussion peut alors porter sur la méthode de valorisation, l’application de la décote, la date d’évaluation, la valeur de marché ou le recours à un expert.
Dans certains cas, la clause peut aussi être critiquée comme étant trop déséquilibrée, trop imprécise ou assimilable à une sanction excessive.
L’article 1171 du Code civil peut notamment être discuté lorsque le pacte s’analyse comme un contrat d’adhésion comportant une clause non négociable créant un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties.
Là encore, tout dépend du contexte.
Une clause librement négociée entre fondateurs expérimentés ne sera pas analysée de la même manière qu’une clause imposée à un manager minoritaire sans réelle marge de négociation.
La solidité de la clause dépend donc autant de sa rédaction que de la manière dont elle a été négociée, comprise et appliquée.
Comment rédiger une clause de bad leaver plus solide ?
Une clause de bad leaver doit répondre à plusieurs questions simples :
Qui est concerné ?
Quels départs sont considérés comme good leaver ?
Quels départs sont considérés comme bad leaver ?
Existe-t-il une catégorie intermédiaire ?
Qui décide de la qualification ?
Comment le prix des titres est-il déterminé ?
Quelle décote s’applique ?
À quelle date la valeur est-elle appréciée ?
Qui supporte les frais d’expertise ?
Que se passe-t-il en cas de contestation ?
Ces questions doivent être traitées dans un ordre logique.
La clause doit d’abord définir les personnes concernées. Elle doit ensuite préciser les événements déclencheurs. Puis elle doit organiser la procédure, la valorisation et les conséquences de la sortie.
Il faut éviter les clauses trop courtes.
Une clause de bad leaver de quelques lignes peut sembler efficace, mais elle laisse souvent trop de place à l’interprétation.
Il faut aussi éviter les clauses trop automatiques.
Une rédaction qui prévoit une décote massive pour n’importe quel départ risque de créer un conflit au lieu de le résoudre.
La bonne clause est celle qui peut être appliquée dans une situation réelle, avec des faits discutables, des intérêts opposés et un associé sortant qui défendra la valeur de ses titres.
Exemple de logique de décote bad leaver
Il n’existe pas de pourcentage universel.
Le niveau de décote dépend du profil de la société, du rôle de l’associé, du prix payé à l’entrée, de l’existence d’un vesting, du niveau de faute et de la valeur créée depuis l’entrée au capital.
Une grille équilibrée peut prévoir une absence de décote en cas de good leaver, une décote limitée en cas de départ intermédiaire et une décote plus importante en cas de bad leaver.
La décote peut aussi être progressive dans le temps.
Un fondateur qui part après six mois ne doit pas nécessairement être traité comme un fondateur qui part après cinq ans.
La société peut également prévoir que certains titres sont définitivement acquis, tandis que d’autres restent soumis à une promesse de cession en cas de départ anticipé.
Ce raisonnement permet de limiter l’effet confiscatoire de la clause.
Il permet aussi d’expliquer économiquement la décote : elle n’est pas une punition abstraite, mais la conséquence d’un engagement de présence, de contribution ou de loyauté non respecté.
Que faire si une clause de bad leaver est déjà contestée ?
Lorsque le conflit est déjà ouvert, il faut éviter les décisions précipitées.
La première étape consiste à relire précisément le pacte, les statuts, les promesses de cession, les éventuels contrats de travail, les mandats sociaux et les décisions prises par les organes de la société.
Il faut ensuite reconstituer les faits.
La qualification de bad leaver dépend souvent d’éléments concrets : dates, échanges, notifications, décisions sociales, comportement reproché, preuves de la faute, conditions de départ et éventuelles négociations intervenues entre les parties.
La société doit vérifier qu’elle a respecté la procédure prévue par le pacte.
L’associé sortant doit, de son côté, vérifier si les faits reprochés correspondent réellement à la définition contractuelle du bad leaver.
Le contentieux porte souvent autant sur la procédure que sur le fond.
Une notification imprécise, une décision prise par le mauvais organe ou une valorisation mal documentée peut fragiliser la mise en œuvre de la clause.
Lorsque le désaccord est avancé, l’accompagnement d’un avocat en contentieux des affaires permet d’évaluer les risques, les preuves disponibles et les options de négociation ou de procédure.
Clause de bad leaver, responsabilité du dirigeant et conflit entre associés
Un bad leaver peut parfois s’inscrire dans un conflit plus large entre associés.
Le départ d’un fondateur, la révocation d’un dirigeant ou le rachat forcé de titres peut s’accompagner de reproches sur la gestion de la société, l’utilisation des fonds, la stratégie, la communication d’informations ou le respect de l’intérêt social.
Dans certains cas, les associés peuvent envisager une action contre le dirigeant lorsque ses décisions ont causé un préjudice à la société.
Sur ce sujet, vous pouvez consulter notre article consacré à l’action ut singuli et à la responsabilité du dirigeant.
Il faut toutefois distinguer les sujets.
La clause de bad leaver organise la sortie d’un associé dans les conditions prévues par le pacte.
La responsabilité du dirigeant suppose, quant à elle, d’établir une faute de gestion, un préjudice et un lien de causalité.
Les deux sujets peuvent se croiser, mais ils ne doivent pas être confondus.
Quand prévoir une clause de bad leaver ?
La clause de bad leaver doit être discutée avant que le risque ne se réalise.
Elle peut être prévue lors de la création de la société, lors de l’entrée d’un nouvel associé, lors d’une levée de fonds, lors de l’attribution de titres à un manager ou avant une opération de cession.
Elle est particulièrement utile lorsque la valeur de la société dépend fortement de certaines personnes.
C’est le cas lorsque les fondateurs portent la technologie, la relation client, le savoir-faire, la direction commerciale ou la stratégie financière.
La clause est également utile lorsque des titres sont attribués à des conditions préférentielles en contrepartie d’un engagement de présence.
Mais elle doit être adaptée.
Un pacte d’associés entre deux fondateurs ne doit pas reprendre mécaniquement une clause issue d’un pacte d’investisseurs. De même, une clause conçue pour des managers salariés ne doit pas être copiée dans un pacte de holding familiale ou de société patrimoniale.
La rédaction et la négociation de ce type de clause s’intègrent plus largement dans la rédaction de contrats structurants pour la société.
Clause de bad leaver et cession de société
La clause de bad leaver peut aussi avoir un impact lors d’une cession de société.
Un acquéreur peut souhaiter que les fondateurs ou managers clés restent impliqués pendant une période déterminée après l’opération.
Dans ce contexte, le pacte ou la documentation de cession peut prévoir des mécanismes de départ, de complément de prix, de réinvestissement ou de rachat de titres selon la présence des dirigeants.
Le risque est alors de mal articuler les documents.
Le pacte d’associés, le contrat de cession, les promesses de vente, le contrat de travail ou le mandat social doivent être cohérents.
Une contradiction entre ces documents peut créer une difficulté au moment du départ.
Lorsque la sortie d’un associé s’inscrit dans une opération de transmission plus large, il est utile d’anticiper les conséquences sur la cession de société.
La clause de bad leaver ne doit pas être isolée du reste de l’opération.
Elle doit être cohérente avec le prix, les garanties, les engagements post-cession et la gouvernance future.
Faire rédiger une clause de bad leaver adaptée à votre pacte d’associés
La clause de bad leaver est utile lorsqu’elle protège la société sans créer une sanction imprécise ou disproportionnée.
Elle doit identifier les cas de départ, distinguer les situations, organiser la procédure, fixer une méthode de valorisation et encadrer la décote applicable au prix de rachat des titres.
Une clause efficace n’est pas seulement dissuasive. Elle doit pouvoir être appliquée en pratique, au moment où le conflit survient.
We Rise Avocats accompagne les fondateurs, dirigeants, investisseurs, managers et associés dans la rédaction, la négociation et la mise à jour de leurs pactes d’associés.
Nous intervenons également en cas de désaccord sur la qualification de bad leaver, la valorisation des titres ou la mise en œuvre d’une promesse de cession.
— Camille Cimenta
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une clause de bad leaver dans un pacte d'associés ?
Une clause de bad leaver organise les conséquences financières du départ d'un associé dans des circonstances considérées comme fautives ou défavorables à la société. Elle oblige généralement l'associé sortant à céder ses titres, parfois avec une décote par rapport à leur valeur de marché. Elle vise à éviter qu'un associé qui quitte trop tôt ou viole ses engagements bénéficie des mêmes avantages économiques qu'un associé resté investi.
Quelle est la différence entre un good leaver et un bad leaver ?
Un good leaver désigne un départ légitime ou non fautif, comme un décès, une invalidité, une révocation sans faute ou un départ après une période minimale de présence. Un bad leaver vise les situations les plus graves : violation du pacte, faute grave, concurrence interdite, fraude ou atteinte grave aux intérêts de la société. Il peut également exister une catégorie intermédiaire pour les départs anticipés mais non fautifs, comme une démission volontaire avant la période minimale convenue.
Un manager salarié peut-il être concerné par une clause de bad leaver ?
Oui, mais la rédaction doit être particulièrement prudente lorsque l'associé est également salarié. Une clause de bad leaver ne doit pas s'analyser comme une sanction pécuniaire déguisée liée au contrat de travail, ce que l'article L. 1331-2 du Code du travail interdit. Il faut distinguer clairement ce qui relève de la relation d'associé et ce qui relève de la relation de travail pour limiter le risque de contestation.
Une clause de bad leaver peut-elle être annulée par un juge ?
Oui, une clause de bad leaver peut être contestée devant les tribunaux, notamment si les cas de bad leaver sont trop imprécis, si la procédure n'a pas été respectée ou si la décote est jugée disproportionnée. L'article 1171 du Code civil peut également être invoqué lorsque le pacte s'analyse comme un contrat d'adhésion comportant un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties. La solidité de la clause dépend autant de sa rédaction que des conditions dans lesquelles elle a été négociée et appliquée.
À quel moment faut-il prévoir une clause de bad leaver ?
La clause de bad leaver doit être rédigée avant que le risque ne se réalise : lors de la création de la société, à l'entrée d'un nouvel associé, lors d'une levée de fonds ou lors de l'attribution de titres à un manager. Elle est particulièrement utile lorsque la valeur de la société repose fortement sur certaines personnes clés ou lorsque des titres sont attribués à des conditions préférentielles en contrepartie d'un engagement de présence.